1:54 - Mercredi octobre 1, 2014

Gaza : accoucher au point de contrôle

The Lancet, un journal scientifique britannique, collabore depuis maintenant trois ans avec des professionnels de la santé et des chercheurs palestiniens afin de recueillir des informations sur les effets des conditions de vie stressantes – faire face aux difficultés économiques et aux pénuries, aux restrictions à la circulation, aux tensions politiques et aux craintes d’attaques extérieures- et vient de publier ses dernières conclusions.

Les restrictions à la circulation constituent une source de contrariétés quotidiennes dans les Territoires palestiniens occupés (TPO). Outre les fouilles fastidieuses et humiliantes effectuées aux postes de contrôle, les résidents ne savent jamais combien de temps leur déplacement va prendre, ou s’ils pourront effectivement se déplacer. Cependant, en cas d’urgence médicale, ces restrictions peuvent être une question de vie ou de mort.

Terreur des femmes sur le point d’accoucher

L’année dernière, les collaborateurs de The Lancet ont décrit de manière très réaliste la terreur ressentie par les femmes sur le point d’accoucher lors des raids de bombardement israéliens sur Gaza au début de l’année 2009. Ces femmes savaient qu’elles pourraient avoir besoin d’une aide médicale d’urgence alors qu’elles se trouvaient prisonnières chez elles pendant les attaques. Cette année, un autre chercheur s’est intéressé à ce qui arrive aux femmes dont l’accouchement a déjà commencé et qui se trouvent aux points de contrôle des TPO.

Halla Shoaibi, de l’université américaine d’Ann Arbor, estime que dans la période qu’elle a étudiée (2000-2007), 10 pour cent de Palestiniennes enceintes ont été retenues à des points de contrôle alors qu’elles se rendaient à l’hôpital pour accoucher. Cela s’est notamment traduit par une augmentation considérable du nombre de naissances à domicile, les femmes préférant éviter les déplacements routiers pendant l’accouchement de crainte de ne pas arriver à l’hôpital à temps.

69 bébés sont nés à des points de contrôle au cours de ces sept dernières années

Les craintes de ces femmes sont justifiées. Mme Shoaibi indique que 69 bébés sont nés à des points de contrôle au cours de ces sept dernières années. Trente-cinq bébés et cinq mères sont décédés, un résultat qu’elle assimile à un crime contre l’humanité.

Lorsque le groupe de chercheurs de The Lancet s’est pour la première fois réuni en mars 2009, Gaza ne s’était pas encore remise des attaques israéliennes de l’opération Plomb durci, qui a causé la mort de plus de 1 000 personnes. Dans la dernière publication, les chercheurs sont revenus sur cette période et se sont davantage penchés sur les enquêtes portant sur les conséquences de l’attaque sur la population civile.

Coupures de courant

La vie quotidienne a été fortement bouleversée. Quarante-cinq pour cent des personnes interrogées ont dû quitter leur domicile et s’installer chez d’autres personnes pendant au moins 24 heures ; 48 pour cent des personnes ont accueilli des gens chez eux ; 48 pour cent des maisons ont été endommagées. Presque toutes les personnes interrogées ont dû faire face à des coupures de courant temporaires ou permanentes, et nombre d’entre elles ont également été confrontées à la perturbation d’autres services – téléphone, distribution d’eau et collecte des déchets.

Conséquences psychologiques

En termes de conséquences psychologiques, plus de 80 pour cent des personnes interrogées ont déclaré qu’un membre de leur famille criait, pleurait ou faisait des cauchemars. Nombre de personnes ont également évoqué une perte d’appétit. Mais, bien que Gaza constitue une zone relativement limitée, les conséquences variaient considérablement selon le lieu de domiciliation des personnes interrogées : les gouvernorats de Gaza-Ville et de Gaza-Nord ont été les plus touchés, les gouvernorats de Khan Younis et de Rafah (situé à proximité de la frontière égyptienne) les moins touchés.

Une autre étude s’est intéressée au sentiment d’insécurité qui perdurait, même six mois après la fin des attaques. Certaines des conclusions étaient plus ou moins attendues – les femmes, par exemple, semblaient plus nerveuses et plus inquiètes que les hommes. Les personnes les plus instruites et jouissant d’un niveau de vie plus élevé, ainsi que les personnes plus âgées, au-delà de 65 ans, se sont déclarées moins inquiètes.

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