Plus que le résultat d’un consensus entre européens, le discours de Romano Prodi sur le dossier irakien reflète une vraie préoccupation pour son avenir politique national. Le président de la Commission s’impose en leader incontesté de la gauche italienne, et en challenger officiel de Berlusconi.
Au moment où la situation irakienne tourne au chaos, Romano Prodi, Président de la Commission européenne, choisit de faire part de ses opinions. Pourtant, on ne sait s’il s’agit là d’un avis personnel, ou d’un communiqué plus officiel. Lundi 19 avril, Javier Solana, Haut représentant pour la politique étrangère de l’UE, estimait que le retrait de l’Espagne de la coalition n’appelait pas de commentaires. Dès lors, que penser des déclarations de M. Prodi, se félicitant le jour même du fait que l’Espagne s’aligne sur la position unifiée de l’UE ? D’autant plus que la « position unifiée » de l’EU, sans la Grande-Bretagne et l’Italie, parait bien fragile. Il semble qu’une fois de plus, les stratégies politiques nationales priment sur le discours européen.
Fin de reigne
Président en fin de règne de la Commission européenne, M. Prodi souhaite avant tout assurer son avenir politique national. Flatter l’Espagne pour son retour dans le giron européen, c’est donner des signes forts à l’opinion publique italienne. Secoués par l’exécution d’un otage en Irak, les Italiens semblent encore hésitants sur l’attitude à adopter face à l’explosion de violence et au maintien sur le terrain de 3000 militaires. Selon les derniers sondages, l’alliance au pouvoir dominerait toujours l’opposition en cas d’élections anticipées.
Mais espérant surfer sur la vague Zapatero, « l’Olivier », parti de centre gauche auquel appartient M. Prodi, redouble de vigueur pour dénoncer la présence de l’Italie dans la coalition. Car au sein de l’Union, les dissensions sont toujours vives entre partisans et détracteurs de l’intervention en Irak. Le couple franco-allemand mène le camp des opposants.
La visite de Michel Barnier, ministre français des Affaires étrangères, à Madrid le 22 avril sera l’occasion de faire le point avec son homologue espagnol, sur le dossier irakien. M. Miguel Angel Moratinos déclarait au sujet du retrait des troupes espagnoles vouloir « créer une nouvelle dynamique aux Nations unies ». Et c’est ce même avis qui était exprimé par la France et la Russie lundi dernier à Moscou, lors d’une rencontre bilatérale.
Option onusienne privilégiée
L’option onusienne semble être la plus privilégiée, d’autant que la Ligue arabe et de nombreux « petits pays » d’Amérique du Sud revoient leurs positions suite au retrait ibérique, renforçant un courant « mondial » de remise en question de la gestion américaine en Irak.« La guerre en Irak est injustifiée et illégitime »En Europe, la Grande-Bretagne de M. Blair reste soudée à la position américaine. Plusieurs pays postulant à l’entrée dans l’Union, tel la Slovaquie, soutiennent toujours l’action américaine, même si les effectifs de leurs troupes restent symboliques. Le président du Conseil italien, Silvio Berlusconi, confirme quant à lui que les troupes italiennes resteront sur le terrain. Il dit attendre « avec confiance » la fin de la détention des trois otages italiens.
Pourtant, sommés par Washington de reprendre le rôle des Espagnols sur le départ, les Italiens excluaient cette option, prétextant des incapacités logistiques discutables. C’est dire la marge de manœuvre étroite que possède le gouvernement italien face à son opinion publique, surtout au moment que choisi M. Prodi pour mettre son poids politique et son prestige européen dans la balance. Qualifiant la guerre en Irak « d’injustifiée et illégitime », M. Prodi annonce clairement le retrait italien d’Irak en cas de victoire politique de son parti. Mais les élections législatives italiennes sont programmées pour 2006 seulement. Pour que M. Prodi puisse effectuer son retour dans la vie politique nationale, il lui faudra donc attendre la fin de son mandat européen, en octobre 2004. D’ici là, les élections européennes de juin pourraient être synonymes d’été doré pour « l’Olivier » et son chef de file.
