3:30 - Mercredi février 8, 2012

Conakry : la vie comme elle va

Conakry, une capitale africaine au bord de l’asphyxie. Nicaise. est une étudiante camerounaise qui fait ses études de médicine à Conakry. Elle est en 4ème année, et nous relate un quotidien parfois dur, mais toujours avec optimisme. Entre hausse du coût de la vie, jonglage avec les heures d’électricité, et violences urbaines, Nicaise tente de poursuivre ses études.

Tu manges quoi ce soir ? De la banane plantain ?

Je ne sais pas trop ce que je vais manger ce soir. Il y a pénurie de gaz en ville depuis deux mois maintenant, donc pas de bananes plantains. Je mange du pain, des biscuits, et quand je suis très en forme je fais des gâteaux sur le charbon. Pour ce qui est des légumes, il faut pouvoir conserver. A la maison, notre frigo ne marche pas et seul le frigidaire fonctionne un peu. Le prix de la viande, c’est 6000 fg le kilo (n.b. 2 euros, avec un salaire journalier moyen à 5000 fg), c’est devenu hyper cher. Je n’en ai plus acheté depuis 5 mois. je préfère aller manger des plats déjà faits à la viande ça revient beaucoup moins cher. Mais on trouve toujours des œufs, et le prix est correct. On trouve encore du lait aussi. Les fruits, c’est un luxe. En fait, tu sais, on peut très bien se passer de certaines choses comme la viande et limiter son budget. Et on peut quand même manger équilibré. Je te l’assure, le truc c’est de bien faire son marché et de tout bien conserver. En fait, c’est le frigo qui me pose problème.

Et pour l’eau, l’électricité ?

Pour ce qui est de l’eau, j’ai de la chance, j’ai l’eau constamment. Mais dans le quartier de mon copain, ils n’ont plus d’eau depuis un mois. L’électricité fonctionne un peu, vu que nous sommes sur la même ligne que la présidence… J’ai du courant tout le temps. Mais l’année dernière, nous n’en n’avions pas. Donc cette année, je peux dire que nous sommes des veinards. Une de mes amies qui vit à Kaporo n’en n’a pas. Chez d’autres, ça vient un jour sur deux à 18h00.

Quelle est la situation une fois la nuit tombée ?

Les barrages de police sont moins nombreux que l’an passé, je peux te l’assurer. En fait, ce sont les nouveaux venus qui ne comprennent pas que ça va mieux. Mais il y a encore beaucoup d’agression la nuit. Mon quartier est relativement moins exposé parce que toujours éclairé la nuit. C’est à partir de Kaporo qu’il faut être prudent. Des quartiers comme Nongo et Kipé sont devenus très mal famés. De plus, les braquages de commerçants libanais qui font de l’alimentation sont devenus monnaie courante. Il y a des fusillades à la volée quand les bandits s’enfuient, et des morts, victimes de balles perdues.

Quel est l’état d’esprit des gens ? Plutôt rebelles ou résignés ?

Résignés. Mais la situation est moins pire que l’année passée. Oh ! mon frère, ce n’est pas que la galère ici hein ! Elle y est certes mais il y a aussi de bons moments même s’ils sont rares, ils existent. J’étais invitée à un mariage ce week-end, d’un Camerounais avec une Guinéenne d’origine soussou. Ça a été une vraie fête, avec show dans la rue et tout ce qui s’en suit. Les femmes dansaient dans la rue, et je peux te dire que quand les femmes dansent lors d’un mariage, ça n’a rien à voir avec ce qui se passe d’habitude. C’est chaud comme la braise. Elles mettent les boubous, et par-dessous, de jolis jupons bien tricotés ; tout pour être vraiment transparentes. En fait, ça dépend de chacune, chez certaines, il n’y a pas de sous vêtement sous le boubou, chez d’autres, c’est juste un string. Et la fête est torride.

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