« L’UMP espère au minimum que cette victoire à la Pyrrhus mettra un terme à l’image détestable que les ténors du PS ont donné de la politique ». Chantal Brunel est, depuis mardi dernier, inconsolable. « Choquée de la violence du combat », la porte parole de l’UMP, n’a cessé de pointer du doigt l’attitude des dirigeants socialistes. Et il est vrai que ces derniers ont offert un bien triste spectacle. Heureusement, l’UMP est là pour montrer l’exemple. Au sein du parti de la majorité, on ne parle que d’une seule et même voix. La voix de son maître.
Une droite unie depuis 2,6 millions d’années
Cette unité de la droite ne date pas d’hier. Déjà à l’époque paléolithique, la droite était une et indivisible. Elle le restera tout au long de ces 2,6 millions d’années. Les Historiens s’accordent toutefois sur un fait : la période où l’unité et le rassemblement auront été les plus forts datent du début des années 1990.
Jacques Chirac occupe alors le poste de président du RPR (Rassemblement pour la République). Edouard Balladur est premier ministre. Pour l’élection présidentielle de 1995, le rassemblement derrière le maire de Paris est tel que Edouard Balladur décide lui aussi de se lancer dans l’aventure. La campagne se déroule dans un climat serein et apaisé. Un esprit de concorde et de solidarité règne au RPR. Les deux équipes ne cessent de s’entraider et de s’encourager. A quelques jours du premier tour, Edouard Balladur ne tarit pas d’éloges sur le programme de Jacques Chirac : « Tout ce qu’il dit, c’est une accumulation de dépenses, de subventions et d’allocations dans toutes les directions, ce qui conduira à une aggravation des déficits et ne peut conduire qu’à des désillusions. » La presse de l’époque en profite pour revisiter le très riche champ lexical de la fraternité : « guerre », « trahison », « règlements de compte » sont des termes communément employés par les journalistes politiques pour définir la merveilleuse complicité qui prédomine entre balladuriens et chiraquiens.
Eliminé au premier tour, Edouard Balladur appelle à voter pour Jacques Chirac au deuxième tour. Revenons brièvement sur un de ces rares moment de communion dont seule la politique à le secret : ému aux larmes par la qualification pour le 2ème tour de son « ami de trente ans », le premier ministre demande à ses supporters d’arrêter d’ovationner Jacques Chirac : l’émotion est trop forte, le bonheur trop immense. Ce soutien de poids fait basculer le scrutin : Jacques Chirac accède triomphalement à la magistrature suprême. Cette victoire, l’ancien maire de Paris la doit surtout à un homme : Nicolas Sarkozy. Ce proche de Balladur s’est démené corps et âmes pour que Chirac réalise son rêve. Les chiraquiens adorent ce jeune homme pour qui la fidélité n’est pas un vain mot. « Sarko, petit salaud » le surnommeront-ils affectueusement pendant quelques temps…
« Haine » au PS, amitié à droite
Neuf ans plus tard, l’union succède au rassemblement, le RPR devenant l’UMP. Tout le parti gaulliste fait corps derrière Nicolas Sarkozy pour que celui-ci prenne la direction de cette Union pour un Mouvement Populaire (UMP). Aucune voix discordante ne se fait entendre. Résultat, le ministre de l’Intérieur devient le premier président de l’UMP en novembre 2004. Ce succès fait la joie des fidèles de Jacques Chirac. Le premier d’entre eux, Dominique de Villepin, est ravi. Homogène, la droite ne peut perdre la prochaine présidentielle. La suite est logique, Nicolas Sarkozy accède à la présidence de la République en 2007.
Et pendant ce temps chez les socialistes, le climat est délétère, l’ambiance électrique. Depuis le premier tour de l’élection pour le poste de premier secrétaire, il « règne une haine inexpugnable » au Parti socialiste, comme l’a justement souligné Frédéric Lefèbvre, la semaine dernière. Ce n’est pas à droite qu’une telle chose se produirait. Les batailles d’égo n’ont jamais existé au RPR et à l’UMP. Si Nicolas Sarkozy et Dominique de Villepin ont pu avoir – à de très rares moments faut-il le préciser – quelques menus désaccords, les deux hommes s’apprécient et s’estiment. Le président fait tout pour aider son vieux complice. Un exemple ? Avocat depuis quelques mois à peine, l’ancien premier ministre va pouvoir exercer très prochainement ses talents d’orateur : il vient d’être renvoyé en correctionnelle dans l’affaire Clearstream. Et Sarkozy n’y est sans doute pas étranger. Si c’est pas de l’amitié ça…
