Pourquoi écrire aujourd’hui sur Entre les murs, alors que la presse est quasi unanime et qu’il y a pléthore d’articles laudateurs à consulter ? Parce que la lecture de ses critiques laisse parfois un petit goût d’insatisfaction après la lecture du livre de François Bégaudeau.
Le face-à-face entre le prof et ses élèves, avec ses réussites, avec ses échecs, n’est que l’une des clés d’entrée d’Entre les murs.
Un autre de ses fils rouges, qui apparaît « entre les lignes », pour faire un mauvais jeu de mots, est celui de la violence de l’institution face à l’adolescent. Or, cet aspect, peu travaillé en lui-même dans le texte, est pourtant particulièrement marquant pour un lecteur extérieur au monde de l’éducation.
L’auteur relate cette anecdote où un élève frappe durant un quart d’heure à la porte de la salle des professeurs, sans que quiconque lui permette d’entrer. Comment, dès lors, ne pas se sentir étranger dans ce lieu qui n’est pas fait pour vous ?
Le collège ressemble cependant moins à une prison, comme pourrait le laisser supposer une lecture rapide du titre de ce roman, qu’à un no man’s land où nul n’est chez lui. Les professeurs rêvent d’en sortir, et doivent se préparer avant de se sentir prêts à y entrer. Un lieu de transition existe même: le café du coin. Et l’institution scolaire rappelle à tout instant à l’élève qu’il n’y est pas chez lui et qu’il doit se plier, sans les comprendre, à tout un corpus de règles.
C’est donc une école sans repères, sans vocation, sans vivre-ensemble autre que celui de l’affrontement que nous découvrons. Une école inquiétante, où l’écart de la maîtrise de la langue est tel entre professeur et élèves que le travail commun est haché en permanence par des explications de mots. Une école où le professeur lui-même ne gagne le calme qu’en faisant sien le fait de « charrier », voire d’humilier l’autre, et en l’occurrence l’adolescent, pourtant déjà dans une position d’infériorité dans une école qui n’est construite pour lui.
Comment, en effet, ne pas être profondément pessimiste à la lecture de ce livre, pour l’avenir de notre école ? Si Entre les murs nous pousse à réfléchir, c’est surtout sur l’urgence de retravailler l’institution scolaire et le positionnement de chacun en son sein.
Il y a beaucoup à faire : créer une école faite pour l’enfant, même si cela implique des contraintes pour les enseignants (notamment en termes de rythmes scolaires) ; redonner tout son sens au travail des professeurs et mieux valoriser ce rôle social essentiel ; ouvrir l’école sur la ville au lieu d’en faire une enclave. D’autres y ont travaillé avant nous, avec succès, comme le Québec.
Reste à en tirer les leçons et à le faire, faute de quoi, nous laisserons profs et élèves seuls dans leur face-à-face clos par des murs.
Pour en savoir plus :
- François Bégaudeau, Entre les murs, Folio Poche
- Et en salle : Entre les murs, de Laurent Cantet

Ouahou ! Première chronique !
Et elle a même pas dit du mal… chapeau !
Pas mal,
J’ai ni vu le film, ni lu le livre. Mais c’est vrai que j’ai déjà été présent devant la salle des profs en me demandant si j’étais un super-héros invisible…
Mais non.