2:40 - Jeudi juin 20, 2013

Gainsbourg 2008 : la Java niaise

Le livre d’or de l’exposition repose là, sur le comptoir du vestiaire. Nul va et vient frénétique pour y consigner son admiration, sa reconnaissance émue pour la face cachée du grand artiste ainsi dévoilée…

Je tourne les pages : « gâchis », « passez votre chemin, Gainsbourg n’est pas là », « A quand un vrai musée Gainsbourg rue de Verneuil », « 3 heures de queue dans le froid pour cela ». La tonalité générale est au diapason de notre humeur : on aurait pu s’en passer.

Auteur : Jean-François Bauret

Gainsbourg 2008, une exposition un peu fatiguée, surtout fatiguante. Source : Jean-François Bauret

Pourtant, je partais plein d’entrain pour la Cité de la Musique, porte de la Villette. Bonnes critiques vantant l’évènement inédit, originalité de l’approche, sagacité du concepteur de l’exposition.

Et puis c’est bête mais je suis sensible aux conditions matérielles ; là où des amis avaient abandonné découragés un dimanche leur place dans la file d’entrée de la Cité de la Musique, sachant par avance qu’elle ne leur permettra pas de franchir les portes avant la fermeture ; moi, je débarquais vers 20h dans un parking désert et me retrouvais au bout de 5 minutes chronos à l’entrée de la salle d’exposition.

En fait de muséographie, le parcours se résume à une forêt de totems carrés arborant sur 4 faces, photos, textes d’explication (laconiques) ou extraits de vidéos (mal sonorisées). Sur le côté, quelques vitrines éparses distillent ex votos et parchemins sur lesquels le Grand Homme a apposé son écriture de mouche.

Révéler une sorte d’artiste total

Le concepteur de l’exposition, Pascal Sanchez a décidé de présenter un parcours chronologique organisé autour de 4 décennies : La période bleue, Les idoles, la Décadanse et Ecce Homo. Il a surtout décidé d’un parti pris audacieux et au final raté : révéler en lieu et place du simple chanteur révéré pour ses textes subtils et provocateurs, une sorte d’artiste total.

En réalité, à trop vouloir embrasser, Sanchez s’est pris les pieds dans le tapis. En fait, de touche à tout génial, la pauvreté de la matière réunie et son agencement aléatoire laissent au spectateur l’idée que Gainsbourg fut un artiste raté. Peintre maudit, écrivain velléitaire, collectionneur morbide, réalisateur foutraque, rien ne vient corroborer ici l’intuition de départ et pire, on finit par oublier dans ce kaléidoscope chaotique le grand auteur qu’il fut.

La matière sonore est la grande absente

La matière sonore est la grande absente et mis à part quelques textes susurrés par Alain Chamfort ou Juliette Greco, nulle trace des envoûtants bijoux pops. Même le mur de Vinyles installé in extremis à l’issu de ce parcours chaotique ne tient pas toutes ses promesses : on aurait voulu ajouter au plaisir des yeux la gourmandise d’appuyer sur chaque pochette et de voir une chanson en éclore.

Que retenir au final ? La première partie peut être qui nous restitue quelque peu l’origine du Gainsbourg, ses débuts modestes, la rencontre de Vian, grand frère protecteur. On retiendra aussi le côté Pygmalion et surtout place faite à BB dans la galerie des femmes qui ont compté. Finalement – et qui l’eut cru ? – la pièce la plus émouvante est peut être cet extrait télévisé du Divan où l’on voit un Gainsbourg précocement vieilli que le très correct Henri Chapier vient véritablement chercher en lui demandant ému s’il a conscience de se détruire et s’il est véritablement sincère en jouant au Gainsbarre.

Le mystère demeure entier à l’issu de cette apologie ratée à propos de laquelle on peut se dire assez philosophiquement, en ces temps de crise, que l’accumulation ne fait pas sens. Allez, on préfère se remémorer ces quelques phrases géniales de simplicité allusive qui nous donneront toujours l’eau à la bouche :
« Laisse toi au grès du courant
Porter dans le lit du torrent
Et dans le mien
Si tu veux bien
Quittons la rive
Partons à la dérive »

Jérémie, visiteur frustré

Filed in: Expositions, Musiques

Une réponse vers “Gainsbourg 2008 : la Java niaise”

  1. huguet christian
    3 mars 2009 à 9:03 #

    Belle critique même si ce fut une soirée frustante pour toi.

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