11:39 - Mardi juin 18, 2013

Bach avec mention

 

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Elle avance vers le milieu de la scène. Même ceux qui ne sont pas familiers de l’univers classique et de ses codes parfois guindés savent de qui il s’agit : « la pianiste aux loups, mais si, vous savez, celle qui vit au milieu d’une meute avec ses grands yeux vert d’eau et sa pâleur immaculée ». Par cette singularité, Hélène Grimaud a acquis, si ce n’est la célébrité d’une rock star au moins une renommée peu commune pour une concertiste.

A quoi le doit-elle ? Lorsqu’elle s’approche du Steinway, regard immense, chevelure vénitienne au vent, immaculée de pied en cap, on se dit que son physique n’y est pas pour rien. Car voyez vous, Hélène Grimaud a la beauté d’une Dame Blanche, ce spectre diaphane qui apparaît de manière inopinée et se volatilise en un instant, vous laissant vous demander toute votre vie si vous avez rêvé.

Griffer son clavier de manière sauvage

Sauf qu’à la différence de la dite Dame Blanche, celle-ci semble bien faîte de chair et d’os. Sinon, comment pourrait-elle griffer son clavier de manière aussi sauvage et sortir des basses aussi telluriques de son piano. Hélène Grimaud vous prend par surprise :

On la croit évanescente ? Sa présence sur scène vous magnétise ;

Son allure vous donne à penser que vous contemplez une adolescente s’éveillant à la vie ? Mais en réalité c’est une jeune femme de bientôt 40 ans qui joue devant vous ;

Vous vous attendez à un jeu délicat et perlé ? Elle vous sert un Bach qui sans perdre de sa clarté polyphonique, aurait été piquer un peu de puissance romantique du côté de Rachmaninov pour contrebalancer la géniale abstraction de ces pièces

Vous l’attendiez fin novembre à Toulouse ? En réalité, elle préfère se glisser entre vos oreilles un 19 janvier.

Une Greta Garbo qui déchaîne des tempêtes maîtrisées

C’est cela Hélène Grimaud : une Greta Garbo qui déchaîne de ses poignets gracieux des tempêtes maîtrisées. Qui trace un sillon musical parfois controversé mais d’une absolue singularité. A 20 ans, elle comprenait déjà mieux que tout le monde les grommellements de vieillards du dernier Brahms. Et Bach, comment l’entend elle ? Comme personne ou comme elle-même ce qui revient en réalité au même devant des œuvres où tout le monde n’a que Gould en tête. Eh bien Désormais, il y a Grimaud dans un style parfaitement opposé : changements de rythmes, crescendos foudroyants, main gauche très en avant et à l’abattage assez incroyable.

Le dernier Beethoven (celui qui regarde autant vers les fugues de Bach que vers le jazz) était convié en seconde partie et qu’importe si ce deuxième acte fut moins passionnant : car il y avait eu avant cette incroyable électricité dans l’air lorsque, ivre de sa propre rythmique, la belle Hélène a projeté la transcription pour piano de la Chaconne de Bach, quelque part au firmament de l’interprétation entre Jorge Bolet et Arturo Benedetti Michelangeli.

Alors, on s’en fout qu’elle annule deux concerts sur trois car on serait prêt à tout pour écouter et voir cette sublime éclipse: On serait même prêt à gruger le contrôle des ouvreuses si on ne subodorait pas qu’Hélène Grimaud, c’est comme Noël, on y a droit que si on a été sage toute l’année.

Après quelques ovations suivies de 2 rappels, elle s’incline, demi sourire, fraîche comme une rose et s’en va dans un halo de fumée rejoindre sa légende naissante et sans doute quelques loups trop heureux de s’être laissé apprivoisés.

JCD

  • Concert de la pianiste Hélène Grimaud à la Halle aux Grains, Toulouse, le 19 janvier 2009
  • Programme : Bach et Beethoven


Filed in: Musiques, Spectacles

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