« Cette restructuration nous conduit à supprimer les activités de titrisation et de produits dérivés complexes ». Une petite phrase, prononcée par Dominique Ferrero, le directeur général de la banque française Natixis dans une interview donnée au Journal du dimanche le 15 février dernier. Une petite phrase qui étonne fort les 40 personnes qui travaillent encore et toujours aujourd’hui à des activités de titrisation au sein de Natixis. « Je ne crois pas que ce soit une activité que la banque soit prête à laisser tomber » commente un employé de la banque « C’est même par ce biais qu’elle compte se sortir de ces difficultés ».
Et la banque sortira peut être de l’ornière grâce à des stagiaires, qu’elle souhaite recruter sur des activités de « titrisation complexe », comme nous l’avons relevé sur le site Internet de Natixis (voir ci-dessous).

Alors ? Dominique Ferrero a t-il des trous de mémoire ? Lui cache t-on l’organigramme de sa banque ?
Il faut dire qu’en quelques mois, le terme titrisation est devenu un des symbole de la crise financière qui secoue la planète. Ce mécanisme permet entre autre de noyer des dettes irrécupérables dans des dettes saines pour faire reposer le risque de non recouvrement sur le marché et non plus sur le créditeur. Il a bénéficié pendant des années aux banques, qui n’avaient plus a assumer le risque d’un prêt contracté par un chômeur américain qui venait de s’offrir une villa à crédit pendant 25 ans.
Prêts « pourris »
Ce prêt « pourri », mélangé à d’autres plus sains, était acquis par des sociétés fictives, souvent basées dans des paradis financiers, propriété des banques elle-même. Ces « véhicules financiers », selon le joli vocabulaire des banques, mettaient alors sur le marché des obligations par le biais de la banque, que les investisseurs acquéraient, sans connaître leur contenu.
De ce fait, les dettes irrécouvrables devenaient propriété des investisseurs et non plus des banques. D’où la crise financière majeure initiée quand les premiers chômeurs américains n’ont plus pu payer leur crédit immobilier : leur dette appartenaient désormais à des fonds de pension, des investisseurs alléchés par les promesses de rentabilité des produits financiers qu’ils avaient acquis.
La fameuse « crise systémique » n’étant pas à ignorer, ce sont les Etats qui ont pris les choses en main, en soutenant les banques. Via quel système ? Celui de la titrisation bien sûr !
Titriser pour relancer le crédit
« En fait, l’activité de titrisation qui a été arrêtée, c’est celle de rehaussement de crédit. C’est à dire que la banque a arrêté de proposer à ces clients des produits financiers qui permettent de faire passer des dettes « pourries » pour des dettes saines. Ca, c’est bel et bien fini » explique notre employé de Natixis.
Mais si Natixis continue de conserver une dynamique activité de titrisation, c’est par ce que c’est le moyen qu’ont trouvé les gouvernements pour alimenter à l’heure actuelle en liquidités les banques, et ainsi réamorcer la pompe à crédit.
D’une part, Natixis participe pleinement au fonctionnement de la SFEF (Société de Financement de l’Economie Française), une structure mise en place par Bercy en novembre 2008. Cette société permet aux banques qui ont des actifs sains, c’est à dire qui possèdent des dettes de clients qui ne feront pas défaut, d’obtenir des liquidités. La SFEF émet des obligations garanties par l’Etat contre la cession de ces actifs propres, ces obligations étant converties en liquidités, à destination des banques. Ce sont ces taux d’intérêt que le président Nicolas Sarkozy souhaite récupérer à la fin de l’année, soit 1,4 milliard d’euros selon ses dires.
L’objectif de l’Etat est de refaire partir le crédit, bloqué pour l’heure par les banques en partie par manque de liquidité. Et bien ce petit jeu d’écriture comptable qui permet de transformer des dettes saines en liquidités…c’est bel et bien d’un point de vue technique de la titrisation ! Et Natixis, comme les autres banques françaises, s’en donnent à coeur joie !
Titriser pour berner la BCE
D’autre part, Natixis et les autres banques font appel aux services de la BCE (Banque Centrale Européenne) pour obtenir des liquidités, qui leurs manquent tant à l’heure actuelle. Problème, les critères d’éligibilité de la BCE ne permettent pas aux institutions financières telles que les banques d’affaire comme Natixis de bénéficier de ces liquidités, en échange de reconnaissances de dettes.
D’où le travail très important des équipes de titrisation de Natixis, qui a l’heure actuelle créent des véhicules, ces sociétés had oc et complètement fictives, qui n’ont pas le statut d’institution financières, pour bénéficier des liquidités de la BCE. En gros, cette société fictive appartenant à la banque achète le prêt de celle-ci, contre émission d’obligations, vendues ensuite à la BCE.
De ce fait, la BCE finance l’opération en achetant les capitaux de la société écran qui représente Natixis. Et bien là encore, ce petit travail de montage financier est le lot des équipes de titrisation qui selon certains d’entre eux, sont plus qu’occupés ces jours-ci.
La titrisation reste donc le moyen trouvé par les banques et les Etats pour continuer à faire fonctionner le système bancaire en période de crise. L’autre système, ce serait que les Etats garantissent les finances des banques en entrant directement au capital de celles-ci. Soit une mesure aux forts relents de nationalisation, comme cela s’est vu au Royaume-Uni. Mais prendre une telle mesure, ce serait aussi un camouflet cinglant pour le système bancaire dans son ensemble, et ça, il semble que Nicolas Sarkozy et les leaders européens soient prêt à l’éviter.

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